« La vie de chaque homme est un chemin vers soi‐même, l’essai d’un chemin, l’esquisse d’un chantier. Personne n’est jamais parvenu à être entièrement lui‐même; chacun, cependant, tend à le devenir, l’un dans l’obscurité, l’autre dans plus de lumière, chacun comme il le peut. Chacun porte en soi, jusqu’à sa fin, les restes de sa naissance, les dépouilles, les membranes d’un monde primitif. (...) À nous tous, les origines, les mères sont communes. Tous, nous sortons du même sein, mais chacun de nous tend à émerger des ténèbres et aspire au but qui lui est propre. »
Hermann Hesse « Demian »
WHEN GHOSTS WERE YOUNG

«When Ghosts Were Young» est le quatrième disque en leader d’Olivier Bogé.
Ce qui étonne, disque après disque, chez cet artiste, c’est en premier lieu sa capacité de renouvellement permanent, son envie d’explorer des univers très différent, usant de ses capacités de multi instrumentiste pour mieux sonder ses univers intérieurs. Avec toujours comme fil conducteur un amour sans limite pour la mélodie, pour les couleurs harmoniques sans bornes et un lyrisme profond qui lui est propre. Des mélodies qui s’immiscent en chacun, petit à petit, pour ne plus quitter l’auditeur. Cette apparente simplicité qui cache une recherche poussée de l’épure et une complexité jamais mise en avant.
Garder l’émotion que procure chaque nouvelle note intacte, sans tomber dans un quelconque automatisme d’écriture. Faire de chaque nouvelle seconde de musique un nouveau monde. Ce pourrait être l’ambition résumée de ce musicien singulier, sensible et attachant. A travers ce nouvel opus, Olivier Bogé poursuit une fois encore sa quête éperdue de lumière. Sa recherche de l’émerveillement, du renouveau. Ce qui conduit ce multi instrumentiste à travailler intensément la guitare acoustique pour l’écriture de ce disque, instrument dont il joue sur la quasi totalité de l’album en plus du saxophone ( et du piano sur deux morceaux ).
A l’occasion de cet album, son écriture a gagné encore en construction, en densité légère, ouvrant ainsi un peu plus l’espace à chacun des instrumentistes présents. Un peu plus encore que sur ses disques précédents, les frontières entre jazz, folk, rock et musique classique s’effacent. Ce qui ressort de tout cela est une musique qui élève et apaise, sans barrière et sans frontières.
Olivier a choisi de s’entourer de musiciens avec lesquels il entretient des liens étroits et anciens, des instrumentistes de premier plan du jazz français, et des leaders à part entière avec lesquels il a pu développer au fil de ces années des connections très profondes. On retrouve à ses cotés le guitariste Pierre Perchaud, le pianiste Tony Paeleman, le contrebassiste Nicolas Moreaux, et le batteur Karl Jannuska, ainsi que sur un titre la chanteuse Isabel Sörling.
EXPANDED PLACES

Après « The World Begins Today », enregistré avec Tigran Hamasyan, Jeff Ballard et Sam Minaie, unanimement salué par la presse en France et dans le monde (FFFF Télérama, coup de coeur Libération et France Musique, 25 meilleurs disques de l’année par l’Express...), Olivier Bogé revient avec un disque très personnel, « Expanded Places », dans lequel il élargit son mode d’expression à plusieurs instruments, le saxophone, mais aussi le piano, les guitares, le fender rhodes et la voix, comme il l’avait déjà fait sur « Rising Lights » dans son disque précédent.
Il s’est entouré de ses proches compagnons, Karl Jannuska à la batterie ‐ incroyable de puissance et d’inventivité de bout en bout ‐, Nicolas Moreaux à la contrebasse – dont la rondeur de son, la complémentarité rythmique et mélodique font merveille ‐ tous deux déjà présents sur son premier disque, « Imaginary Traveler » et, pour quelques titres, d’amis d’enfance, Guillaume Bégni (cor solo de l’Opéra de Paris) et Manon Ponsot, violoncelliste, tous deux merveilleux musiciens.
Par‐delà les frontières stylistiques et les influences multiples, musicales, mais aussi littéraires ou cinématographiques (Red Petals Disorder a été inspiré par Christian Bobin, et Wings Of Desire par Wim Wenders), Expanded Places se veut l’expression des multiples facettes de notre être dont nous avons parfois l’intuition à certains moments de notre vie. Dans « Le Loup des Steppes », Herman Hesse a parlé de ce caractère pluriel, fait d’«un agrégat de moi différents », d’ »un monde extrêmement multiple », d’ « un ensemble chaotique de formes », de « degrés d'évolution et d'états », d’ « hérédités et de potentialités ». C’est à cette participation aux états multiples de notre âme, que voudrait convier l’écoute de ce disque.
Ses neuf variations aux titres oniriques sont autant de reflets d'un amour irriguant des mélodies limpides, pour mieux les élever au rang d'hymnes fraternels. L’extrême précision et la concision de l’écriture, le mélange de couches sonores superposées, comme pourrait le réaliser un peintre avec ses couleurs, libèrent l’imaginaire et l’ouvrent à des sensations sans cesse renouvelées. L’ensemble, d’une grande cohérence, est tourné vers la recherche de l’apaisement et de la lumière qui émane de chaque instant. Cette lumière intérieure conquise par le dépassement de soi est peut‐être l’une des dernières aventures humaines, bien loin des sentiers balisés de notre quotidien. Comme si, malgré tout, existait encore un Ascenseur pour le Paradis, dont cet album est, à sa manière sereine, une incitation à gravir les premières marches.
Hors du temps et des classifications, libérée des effets de mode, la quête du musicien est alors celle d'un éternel recommencement...