« La vie de chaque homme est un chemin vers soi‐même, l’essai d’un chemin, l’esquisse d’un chantier. Personne n’est jamais parvenu à être entièrement lui‐même; chacun, cependant, tend à le devenir, l’un dans l’obscurité, l’autre dans plus de lumière, chacun comme il le peut. Chacun porte en soi, jusqu’à sa fin, les restes de sa naissance, les dépouilles, les membranes d’un monde primitif. (...) À nous tous, les origines, les mères sont communes. Tous, nous sortons du même sein, mais chacun de nous tend à émerger des ténèbres et aspire au but qui lui est propre. »
Hermann Hesse « Demian »
EXPANDED PLACES

Après « The World Begins Today », enregistré avec Tigran Hamasyan, Jeff Ballard et Sam Minaie, unanimement salué par la presse en France et dans le monde (FFFF Télérama, coup de coeur Libération et France Musique, 25 meilleurs disques de l’année par l’Express...), Olivier Bogé revient avec un disque très personnel, « Expanded Places », dans lequel il élargit son mode d’expression à plusieurs instruments, le saxophone, mais aussi le piano, les guitares, le fender rhodes et la voix, comme il l’avait déjà fait sur « Rising Lights » dans son disque précédent.
Il s’est entouré de ses proches compagnons, Karl Jannuska à la batterie ‐ incroyable de puissance et d’inventivité de bout en bout ‐, Nicolas Moreaux à la contrebasse – dont la rondeur de son, la complémentarité rythmique et mélodique font merveille ‐ tous deux déjà présents sur son premier disque, « Imaginary Traveler » et, pour quelques titres, d’amis d’enfance, Guillaume Bégni (cor solo de l’Opéra de Paris) et Manon Ponsot, violoncelliste, tous deux merveilleux musiciens.
Par‐delà les frontières stylistiques et les influences multiples, musicales, mais aussi littéraires ou cinématographiques (Red Petals Disorder a été inspiré par Christian Bobin, et Wings Of Desire par Wim Wenders), Expanded Places se veut l’expression des multiples facettes de notre être dont nous avons parfois l’intuition à certains moments de notre vie. Dans « Le Loup des Steppes », Herman Hesse a parlé de ce caractère pluriel, fait d’«un agrégat de moi différents », d’ »un monde extrêmement multiple », d’ « un ensemble chaotique de formes », de « degrés d'évolution et d'états », d’ « hérédités et de potentialités ». C’est à cette participation aux états multiples de notre âme, que voudrait convier l’écoute de ce disque.
Ses neuf variations aux titres oniriques sont autant de reflets d'un amour irriguant des mélodies limpides, pour mieux les élever au rang d'hymnes fraternels. L’extrême précision et la concision de l’écriture, le mélange de couches sonores superposées, comme pourrait le réaliser un peintre avec ses couleurs, libèrent l’imaginaire et l’ouvrent à des sensations sans cesse renouvelées. L’ensemble, d’une grande cohérence, est tourné vers la recherche de l’apaisement et de la lumière qui émane de chaque instant. Cette lumière intérieure conquise par le dépassement de soi est peut‐être l’une des dernières aventures humaines, bien loin des sentiers balisés de notre quotidien. Comme si, malgré tout, existait encore un Ascenseur pour le Paradis, dont cet album est, à sa manière sereine, une incitation à gravir les premières marches.
Hors du temps et des classifications, libérée des effets de mode, la quête du musicien est alors celle d'un éternel recommencement...